Voyage au centre d'une chorale
Nous nous sommes posés de grandes questions existentielles : "Qu'est-ce qui fait courir tous ces inconditionnels du chant collectif ? Qui sont-ils tous ces marathoniens de la vocalise qui s'égosillent des heures durant dans les salles de répétition ? D'où sortent-ils ? Que (ou qui) viennent-ils chercher ? Et qui sont ces chefs de choeur survoltés, ces présidents d'associations surbookés, ces secrétaires bénévoles, ces hommes et femmes enthousiastes et débordés ? Bref, ceux qui font vivre les chorales ? Et comment ça marche ? "
 
C'est pour tenter de répondre à ces questions que nous avons créé une nouvelle rubrique : "Voyage au centre de la chorale !"
 
Venez chaque mois découvrir ce qu'est un ténor, quelles sont les caractéristique d'une soprano ou à quoi sert un président.


L'art de la Fugue
Pour un peu, vous l'auriez oubliée. Pas un refoulement pour psychanalyste en goguette, non, juste un oubli. Pourtant, elle a été l'objet de toutes les attentions pendant les répétitions. C'est même par elle qu'a débuté le déchiffrage il y a 3 mois. Evidemment, personne n'a été dupe, les remarques acerbes aussotôt ont fusé : "Encore un compositeur à qui ses parents ont dit, passe ton Bach d'abord". Cela étant, cela faisait bien dix minutes que vous étiez installé dans une douce quiétude, andante, tutti puuis les soli. La soprano qui vibre, la basse qui tonne, le ténor qui en fait des tonnes, l'alto qui, comme les bons amis, arrive trop tard et part trop tôt.  Et puis viennent ces trois mesures en fin de page avec ce petit cercle tracé au crayon mal taillé entourant une abréviation : "rall", rallentendo. Le tempo s'infléchit, les yeux se lèvent vers le chef qui n'avait plus croisé autant de regards depuis deux bonnes pages.

Et là, vous vous souvenez. Le calme avant la tempête. Vu du public, le changement qui s'opère est presque imperceptible. Pourtant, les habitués ne s'y trompent pas, certains signes ne laissent pas deplace au doute. Ceux qui connaissent l'oeuvre se réjouissent, il va y avoir du sport. Les symptômes sont connus : une légère crispation des mains, accompagnée d'une poussée sudorale. Après le soudain et fugace besoin de communication visuelle cité précédemment, le regard se verruoille sur la partition, qu'il ne quittera quasiment plus jusqu'au point d'orgue final. La tête rentre un peu dans les épaules. Ou bien sont-ce les épaules qui remontent, peut-être pour diminuer la résistance au son ? Pour les vieux routards du chant chorale, l'exercice qui s'annonce ne suscite guère plus d'appréhension qu'une visite chez le dentiste. Il parait qu'il y en a même qui aiment ça. Avant tout, ils connaissent les trucs, les combines qui facilitent la manoeuvre. En voici quelques uns qui vous seront précieux au moment crucial. Ne démarrez jamais le premier, si quelqu'un doit se couvrir de ridicule, autant que cela soit votre voisin.

Après un départ intempestif et inopportun, évitez de hausser les épaules et de piquer un fard. au contraire, prenez la posture d'un grand chanteur lyrique et continuez.Quand les collègues de pupitre entreront à leur tour, esquissez une retraite discrète et raccrochez votre wagon en queue de train. On ne sait jamais, sur un malentendu ça peut passer, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre récente. A l'oreille du public, cela passera pour une bizarrerie d'écriture. Aussi évitez les consonnes trop marquées. Les "s" et les "t" de la langue allemande sont rédhibitoires. Mal synchronisés, on pensera à une fuite de gaz ou à une rafale de fusil mitrailleur. Le chef remarquera vos consonnes, pas vos voyelles. Tenez-vous en à ces dernières. Enfin, lorsqu'il ne restera plus qu'une page à tourner, amorcez un retour sur le devant du pupitre, prenez de l'assurance. A ce moment là, les paroles ne seront plus un problème. Dans le cas d'une pièce de musique religieuse, ce sera souvent "Amen"  sur trois pages. Chantez plus fort, et si possible par coeur (s'il y a une page à apprendre par coeur, c'est la dernière), de sorte que le public garde de vous l'image finale d'un choriste transcendé, chantant à gorge déployées, le visage luisant de sueur, détaché de sa partition et en parfaite symbiose avec son chef, vu de dos. L'instant d'après, une expression de béatitude, le sentiment du devoir accompli pourront se lire sur votre visage apaisé.

Muni de ces précieux conseils, vous allez vouvoir aborder en toute sérénité ce que vous avez failli oublier .... la petite fugue d'avant la fin.
 
Les différentes sortes de choristes - le retour
Voici la suite de la présentation des différents types de choristes :

Celui qui sait tout : Susceptible, il se vexe si on le surprend en flagrant délit d'erreur (avec par exemple une ligne d'avance) et dans tous les cas, il rejette la faute sur les autres. Car l'orgueuilleux n'a jamais tort. En tout domaine, il est infaillible. Sûr de lui, il n'écrit jamais rien sur sa partition. Il mémorise. C'est un perpétuel auto-satisfait. En toute circonstance, il a la réponse imparable. A tel point qu'il agace et qu'on ne lui demande jamais rien.
 
Le distrait : il est rarement à la bonne page. D'ailleurs, son classeur est un fouillis indescriptible : les chants sont rangés dans n'importe quel ordre, on y trouve aussi bien la liste des commissions. Incapable de soutenir son attention, il rêve, il oublie les départs et doit rattraper les autres en cours de route. Il a aussi beaucoup de mal à gérer ses rendez-vous et arrive souvent en retard à la répétition. De même au concert. Quand il chante, il a tendance à déformer. C'est son goût pour l'ornement et pour la variation. Durant les déplacements, il perd toujours quelque chose, il oublie son classeur dans le car ou ses lunettes dans sa chambre d'hôtel. Il n'est pas méchant, mais c'est une source d'angoisse pour le chef.
 
Le braillard : Il chante plus fort que tout le monde dès lors qu'il croit savoir sa partie. Au sein de la meute, cet inconditionnel du bel canto, dépourvu du moindre sens musical, n'a qu'un seul credo : fortissimo. C'est un redoutable concurrent pour le marteau piqueur. Le braillard est moins grave qu'une épidémie, mais fait beaucoup plus de bruit.
 
Le sensible : Un moindre pianissimo l'émeut, il aime la musique et souvent elle le bouleverse; Il a souvent la larme à l'oeil. Il a beaucoup de goût pour l'art et il aime aussi les gens. C'est un compagnon agréable et souvent un ami, mais aussi un écorché vif. Au premier problème relationnel, il en perd le sommeil, il fond de cinq kilos, le monde s'écroule autour de lui. Mais il souffre en silence. Il est discret et la musique finit par le consoler de tous ses maux.
 
Le râleur : Dire qu'il est constamment de mauvaise humeur relève du pléonasme. Il n'est jamais content. Il n'aime pas la promiscuité, il n'aime pas le programme, surtout si c'est en étranger, il trouve que l'on apprend trop vite ou trop lentement, il trouve le calendrier trop chargé ou trop maigre, sa pizza est trop crue ou trop cutie, il déteste les voyages car il est malade, il n'aime pas sa voix non plus, et de toute façon, la tenue de concert est ridicule et il ne supporte pas la façon de travailler du chef. Celui là qui n'aime rien trouve toujours à redire et se demande ce qu'il fait là. Les autres se posent la même question .....
 
Et voilà, la suite au prochain numéro.
 
Les différentes sortes de choristes

La chorale est une petite collectivité qui rassemble toutes sortes de personnes. En voici quelques exemples :

  • Le sans-gêne : il a l'air de souffrir quand c'estun autre qui chante. C'est pour ça que, comme Gilbert Bécaud, il se bouche toujours une oreille. Bruyant, il parle haut, interpelle le chef .... Chaque chorale a son sans-gêne, et elle doit faire avec .... 
  • L'arythmique : .... une race très répandue, surtout parmi ceux qui sont convaincus de posséder un sens inné du swing. Car en réalité, peu de gens possèdent un bon sens du rythme. Qu'arrive une syncope, que survienne un contretemps, et aïe ! c'est la catastrophe. Bien sûr, notre arythmique veut bien faire et pour commencer, il s'escrime à ne pas prendre de retard. Pour cela, il anticipe sur la battue du chef. C'est alors qu'immanquablement il presse, il bouscule... Surtout si le passage est facile. car c'est dans les endroits faciles que, sûr de lui et content de faire voir qu'il connait sa partie, l'arythmique donne toute sa dimension. Il obtient ainsi aisément une mesure d'avance sur les autres...DAns le cas inverse (qui rétablit l'équilibre), conscient de son handicap, l'arythmique s'efforce de ne pas presser. Il se retient, il prend sont emps. ET il le prend si bien qu'une fois de plus, il se retrouve décalé. Ce qui a cependant l'énorme avantage de le faire terminer au même moment que les autres.C'est entre le début et la fin qu'il nage ... Ainsi, qu'il soit en avance ou en retard, l'arythmique n'est jamais au bon endroit. Dans le meilleur des cas, le pas cadencé remplace la pulsation.  
  • Le touriste : On le voit de temps à autre débarquer dans la salle de répétition. On ne sait pas trop s'il fait vraiment partie de l'équipe ou s'il accompagne quelqu'un au vestiaire. Généralement, il se contente d'écouter les autres et de suivre sa partition, puisque, ayant raté la plupart des répétitions, il ignore quasiment tout du répertoire. Celui là aime bien, cependant, donner son sentiment (à défaut d'un avis pertinent) sur le travail accompli et sur l'avancement de ses collègues. Mais en tous cas soyez sûrs d'une chose : cet authentique figurant sera présent le jour du concert (pour faire du play back) et c'est lui qui s'inclinera le plus bas pour saluer. 
  • Le donneur de conseil : A force de l'écouter, on finit par faire les mêmes erreurs que lui. C'est lui qui, généralement, offre généreusement son temps en faisant perdre le leur aux autres.   
  • Le bavard : il a mis au point toute une technique lui permettant de chanter et de parler en même temps. Il épuise ses voisins, sauf s'il trouve, dans son pupitre, un jumeau à sa mesure. Auquel cas, les deux se chargeront du bruit de fond. Qu'il s'agisse de questions purement musicales ou de tout autre sujet, le moulin à paroles ne la ferme jamais.     
Voici quelques exemples que l'on retrouve dans chaque chorale. Surveillez bien notre site car prochainement, vous pourrez en découvrir quelques autres.
 
Le Concert

Comment se déroule un concert ?


Le jour tant attendu du concert est arrivé. C'est la validation des efforts accomplis, la juste récompense d'une année de labeur. C'est l'aboutissement, la raison d'exister de la chorale (il justifie les subventions) en même temps que l'occasion de montrer à tous ce dont on est capable.

Car on va pouvoir prouver aux incrédules que l'on n'est pas si ignare qu'il y parait, qu'on à su ingurgiter des pages entières de musique sans se tromper et justifier, au passage, auprès de son conjoint, ses longues absences répétées. Aussi au moment d'entrer sur scène, chacun ressentira-t-il au fond de lui comme un mélange assez équilibré de dierté et d'angoisse.

Le chef, toujours inquiet, a convoqué ses choristes deux heures avant le lever du rideau, sachant pertinemment que la majorité d'entre eux sera en retard. Mais peu à peu les effectifs se gonflent. Puis c'est le moment d'entrer sur scène. En bon ordre, les choristes s'avancent alors. C'est une file indienne un peu en accordéon, car il y en a toujours qui dorment debout ou qui ratent une marche. Aussitôt les applaudissements se déchainent. On n'attend que le chef. Le voici en queue de peloton. Il s'avance d'un pas assuré, lance un regard de convenance vers la salle puis tourne le dos à la salle et se plante devant ses chanteurs. Tout le monde est prêt, concentré. Courageusement, le chef se jette à l'eau et d'un geste vigoureux donne le départ. Et soudain, il est surpris d'entendre les premières phrases avec une justesse qu'il n'avait jusqu'alors obtenue qu'en rêve. Consciencieux, les choristes ont le nez dans leur partition pour suivre les paroles, sinon pour lire la musique. Car traditionnellement, ils ne regardent jamais le chef. Ce dernier fait pourtant tout ce qu'il peut pour attirer leur attention. SAuf entre les morceaux car là, il tourne le dos aux choristes pour saluer et alors chacun se comporte à sa manière. L'un remet de l'ordre dans ses partitions, l'autre, croyant qu'on ne l'entend pas, glisse une pertinente plaisanterie à l'oreille de son voisin, beaucoup font un signe discret vers la salle où ils ont aperçu des amis, d'autres encore changent de jambe, histoire de rééquilibrer leurs fameux appuis. Quelques enroués se raclent la gorge ou encore exécutent des mouvements d'assouplissement (torsion des cervicales et extension des mandibules). Seuls, un ou deux, les yeux rivés au plafond et la bouche entrouverte attendent placidement la suite.

De morceau en morceau, le concert avance. Certes, on a oublié les recommandations tant et tant serinées en répétition, mais seuls le trac et l'émotion en sont la cause. Le chef se démène comme un gros ours. Se rend-il compte que ce gros dirigeable est ingouvernable ? En toutes circonstances, il est inquiet "que vont-ils me faire maintenant ?". Et cependant, la musique s'écoule, agréable. A l'entendre, on dirait que tout est bien réglé et que chacun sait parfaitement sa partie.

On parvient ainsi jusqu'à l'entracte.  C'est un moment particulier. On est encore tout imprégné des sons que l'on a produits, tout fourbu des efforts que l'on a fournis, c'est un moment de détente, mais pas vraiment. L'angoisse de la suite règne encore. Le chef tente bien quelques compliments de circonstances (à cet instant précis, il ne peut déverser toute la fureur qui stagne en lui), il tente de rassurer : "c'était bien les altis, vous n'avez presque pas baissé ... les basses, pas trop fort ... les sopranes, vous pouvez vous lâcher". "Et nous ?"s'inquiète un ténor. "Vous faites comme vous pouvez" répond le chef ! Mais déjà le public a repris sa place dans la salle. Il faut y retourner. Le chef compte ses troupes car c'est toujours ce moment que choisissent les femmes pour aller faire pipi.

Finalement la deuxième partie se déroule tant bien que mal et, enfin, le terme de la prestation arrive. Beaucoup se relâchent déjà. Le plus dur est passé. Il ne reste plus que le grand final qu'on a répété tant de fois qu'on le connait par coeur. Déjà le chef se détend. Un semblant de sourire se dessine sur son visage déconfit. Puis il se reprend "leur redonner confiance, les tenir concentrés jusqu'au bout". Il donne alors la note et dans une ultime impulsion, chacun se précipite sur l'accord libérateur. Les applausissements fusent. On est content, chacun est satisfait de soi, d'avoir rempli son contrat, d'avoir sur dissimuler ses hésitations par un savant art du play-back, d'avoir été applaudi. On se congratule avec une authentique fausse modestie et surtout, on attend le verdict du chef, ses probables compliments ... il est sûrement content lui aussi. Et En effet, le chef est content.Content d'en avoir terminé ! Mais c'était un magnifique concert. Le public a été emballé (en France, le public aime toujours). On a déjà oublié que les ténors ont râté plusieurs départs, que les altis ont perdu un demi-ton dans leur passage solo, que les nuances tant peaufinées en répétition ont été sabotées, qu'on a sauté une reprise ... mais non ! c'était sublime. Et puis on n'est pas des pros, on a fait avec ses moyens et c'était bien. Très bien pour des amateurs. Puis après une troisième mi temps libératrice, chacun rentre chez soi,les oreilles encore pleines de cette musique et des étoiles dans les yeux.

 
Les 4 Voix

Dans tout choeur, il y a quatre registre vocaux : soprano, alto, ténor et basse. Eux-mêmes sont parfois divisés en deux, ce qui conduit à des plaisanteries continuelles au sujet des premières et des deuxièmes basses. Chaque registre chante dans une tessiture différente, et chacun a sa propre personnalité. On peut se demander pourquoi le fait de chanter des notes différentes peut modifier le comportement. Il est vrai que cette question mystérieuse n'a pas encore fait l'objet d'études appropriées. Il reste que les quatre registres peuvent facilement être reconnus .... et voici comment :

 Les Sopranos

Les sopranos sont celles qui chantent le plus haut, ce qui leur fait croire qu'elles dominent le monde. Elles se considèrent bafouées si on ne leur permet pas de monter au moins au fa "d'en haut" dans n'importe quel mouvement de n'importe quelle oeuvre. Lorsqu'elles y arrivent, elles tiennent les notes au moins une fois et demie la durée requise par le compositeur et/ou le chef de choeur, puis elles se plaignent que ça tue leur voix et que le compositeur et le chef sont des sadiques. Bien qu'elles considèrent tous les autres registres comme inférieurs au leur, elles ont des attitudes variées à l'égard de chacun d'eux. Les altos sont aux sopranos ce que les seconds violons sont aux premiers violons : c'est agréable harmonieusement, mais pas vraiment nécessaire.Toute soprano pense intimement que l'on pourrait supprimer les altos sans changer l'essence même de l'oeuvre, et elles ne comprennent pas pourquoi il y a des gens pour chanter dans cette tessiture, c'est si ennuyeux. En ce qui concerne les ténors, on aime bien en avoir autour de soi; En plus des possibilités de flirt, car il est bien connu que les sopranos ne flirtent jamais avec les basses, les sopranos aiment chanter les duos avec les ténors parce que, du haut de leur stratosphère, elles aiment les voir travailler durement pour arriver dans une tessiture qu'elles considèrent basse à moyenne. Quant aux basses, ils chantent beaucoup trop fort, et toujours faux (comment peut-on chanter juste dans une tessiture si basse ?) et de toute façon, il doit y avoir un problème avec ces gens qui chantent en clé de fa. Pourtant, bien qu'elles se pâment à l'écoute des ténors, elles finissent quand même par rentrer à la maison avec les basses.

 

Les Altis

Elles sont le sel du monde, du moins le croient-elles. Ce sont des personnes simples, sérieuses et toujours présentes aux répétitions. La position des alits est unique dans le choeur : elles ne peuvent jamais se plaindre d'avoir à chanter trop haut ou trop bas et elles n'ignorent pas que tous les autres pupitres trouvent la partie d'alto pitoyablement facile. Mais les altis savent qu'il n'en est rien et que, lorsque les sopranes d'égosillent sur le la, elles doivent chanter des passages compliqués, pleins de dièses et de bémols, avec des rythmes impossibles que personne ne remarque parce que les sopranes chantent trop fort (ainsi que les basses comme d'habitude). Les altis se font un malin et secret plaisir à conspirer pour faire baisser les sopranes. Elles ont une méfiance innée à l'égard des ténors, car ils chantent presque dans la même tessiture qu'elles, mais ils croient avoir un meilleur son. Les altis aiment les basses et elles chantent volontiers en duo avec eux. De toute façon, le chant des basses ne sonne que dans le grondement et c'est le seul moment où elles ont vraiment une chance de se faire entendre. Un autre sujet de plainte des altis est qu'elles sont toujours trop nombreuses. Elles ne peuvent par conséquent jamais chanter vraiment fort.

Les Ténors

Les Ténors sont des "enfants gâtés". Avec cela, on a tout dit. Pour une seule raison : il n'y en a jamais assez et les chefs de choeurs vendraient leur âme plutôt que de laisser partir un ténor .... aussi mauvais soit-il ! Et puis, pour quelque obscure raison, les quelques ténors que l'on a sont toujours réellement bons - ça va de soi et c'est l'une des causes d'ennui dans la vie. Du coup, il n'est pas étonnant que les ténors aient toujours une grosse tête - après tout, sans eux, qui pourrait causer la pâmoison des sopranos ? La seule chose qui puisse déstabiliser les ténors est l'accusation (venant en principe des basses) que l'on ne peut pas être un vrai homme et chanter si haut. De leur manière perverse habituelle, les ténors rejettent toujours ce grief, tout en se plaignant plus fort encore que le compositeur est un vrai sadique pour les faire chanter si haut. La relation des ténors avec le chef est à mi-chemin entre amour et haine, car le chef leur dit toujours de chanter plus fort ... parce qu'ils sont si peu nombreux. Depuis que l'on écrit l'histoire, on n'a jamais vu un chef demander aux ténors de chanter moins fort dans un passage forte. Les ténors se sentent menacés d'une manière ou d'une autre par les autres pupitres : par les sopranos parce qu'elles peuvent atteindre ces notes incroyablement hautes ; par les altis parce qu'elles n'ont aucun problème pour chanter les notes qui sont si hautes pour eux et par les basses parce que,  bien qu'ils soient incapables de chanter plus haut qu'un mi, ils chantent suffisamment fort pour noyer les ténors. Evidemment, les ténors préféreraient mourir que d'admettre une quelconque de ces remarques. Ajoutont un fait peu connu : les ténors bougent leurs sourcils plus que quiconque lorsqu'ils chantent.

 

Les Basses

 

Les basses chantent les notes les plus graves. Et ceci explique cela. Ce sont des gens impassibles, dignes de confiance, plus barbus que les autres. Les basses se sentent perpétuellement mal aimés, mais ils sont eux-mêmes convaincus que ce sont eux qui ont la partie la plus importante (un avis partagé par les musicologues, mais certes pas par les sopranos ou les ténors) .... même s'il s'agit de la partie la plus ennuyeuse de toutes, où ils chantent toujours la même note (ou à la quinte) sur une page entière. Ils compensent cet ennui en chantant le plus fort possible. La plupart des basses sont des joueurs de tuba nés. Les basses sont le seul pupitre qui puisse se plaindre régulièrement d'avoir à chanter si bas, et ils font d'horribles grimaces lorsqu'ils essaient d'atteindre des notes très basses. Les basses sont des gens charitables, mais leur charité n'est pas grande à l'égard des ténors, qu'ils considèrent être des poseurs finis. Les basses aiment les altis sauf lorsque c'est en duo et que les altis ont la partie belle. Quant aux sopranis, elles sont simplement dans un univers opposé que les basses jugent incompréhensible. Ils ne peuvent pas imaginer, quand elles font des fautes, que l'on puisse chanter si haut et si mal. Lorsqu'une basse se trompe, les trois autres voix le couvrent, il peut alors poursuivre tranquillement son chemin en sachant que, une fois ou l'autre, d'une manière ou d'une autre, ils se retrouvera dans la bonne tonalité.

 
Le chef de choeur

A tout seigneur, tout honneur : faisons connaissance avec le chef de choeur.
Qui est cet homme ou cette femme (dans notre chère chorale 1857) qui nous mène à la baguette et comment fonctionne-t-il ? 

Dans pas mal de cas, le chef de choeur est un musicien compétent, doté d'une très grande capacité de persévérance. Certes, il est parfois bizarre, mais c'est un artiste ... Qu'il soit devenu chef par vocation, par une volonté ferme et déterminée de diriger un choeur, par un concours de circonstances ou par le plus grand des hasards, qu'il soit chanteur sur le déclin ou jeune prof de musique dans un collège de banlieue, qu'il soit bénévole ou rémunéré, il est avant tout un être travailleur, un utopiste ambitieux et, surtout une personne extrêmement patiente. Il doit savoir supporter beaucoup de choses très agaçantes. Et il ne peut même pas se permettre d'être rancunnier ! Pour accomplir sa tâche, il doit avoir un moral très solide. Et s'il lui arrive de se montrer arrogant ... c'est le surmenage. Car, le plus souvent, il sait être indulgent.


Parmi les nombreuses responsabilités qui lui incombent, nous citerons en vrac : le recrutement des choristes, le choix du répertoire (qui devra plaire tout en restant accessible : le chef devra là résister à l'enthousiasme des inconscients autant qu'à l'inertie des pessimistes), l'élaboration d'une saison équilibrée (avec des concerts qu'il faudra par la suite honorer), l'organisation des répétitions, la planification du travail (car il faut anticiper les délais d'apprentissage), l'animation du groupe (il doit aussi savoir faire le boute-en-train). Tout ça, le chef sait que ça fait partie de son job, mais encore doit-il être psychologue (c'est lui qui doit résoudre les problèmes relationnels, ménager les susceptibilités, flatter les amours propres, rassurer les dépressifs, tempérer les sautes d'humeur, paternaliste aussi (il doit décoincer et encourager les timides), il doit aussi faire taire les bavards.
Bref un vrai chef de choeur est tout cela à la fois : sélectionneur, entraîneur, soigneur, éducateur, psychologue, psychiatre. Et en plus, il doit être musicien.


Alors qu'on l'aime ou qu'on ne le supporte pas, qu'il soit respectueux ou insultant, sympa ou mal enbouché, qu'il suggère la musique ou que l'on ne comprenne rien à sa battue, le chef est le chef, il est là et il a beaucoup de boulot, alors faut pas le faire c.... Il faut lui obéir : un point c'est tout.

 
Pourquoi rejoindre une chorale ?

La nouvelle famille se montre accueillante : les anciens gravitent autour des nouveaux avec de grand sourires. Ils sont gais, prévenants .... La salle de répétition est du reste agréable. On est à l'aise, et on se marre beaucoup. La chorale est vraiment un lieu ouvert. Là, à chaque répétition, notre nouveau chanteur se sent chez lui. Déjà il s'est fait des tas de copains.
 
Mais aussi, il a découvert les premières partitions. ET là, une chose est apparue : le chant choral est une activité exigeante. Styles variés, termes techniques auxquels il ne comprend rien, difficultés de rythme, hauteurs de sons inaccessibles, phrasé, nuances, précision des attaques, justesse, articulation, texte dans des langues étrangères, consitution d'un "son homogène", exigences d'un chef maniaque, contraintes des horaires, des programmes, longueur des oeuvres (car on chante debout), stress des concerts ... Tout cela ne va pas de soi pour le novice. 

L'art n'est pas si aisé qu'il l'avait d'abord imaginé. Et, tandis que le paradis vire au purgatoire, surgit pour lui cette angoissante énigme : "comment vais-je chanter tout ça ?"
 

Mais, encouragé par les anciens, le nouveau venu trouve vite la réponse : s'il est reconnu que l'on peut enseigner à lire et écrire aux enfants sans en faire des savants ou des écrivains, on concevra aisément qu'il soit possible d'exercer un adulte au chant sans en faire un virtuose, ni même un artiste. On ne lui en demandera pas tant. Choriste il veut être, choriste il sera.
 
Rassuré, notre ami s'est donc vite intégré et il ressent maintenant les vertus bénéfiques de sa nouvelle activité. Car une chose est indéniable : qu'elle soit vieillotte ou porteuse d'un esprit moderne, la chorale est une bonne chose. Elle devrait d'ailleurs être remboursée par la sécurité sociale.
 
Car, outre l'aspect artistique, il est évident que, sur le simple plan physique, le fait d'apprendre à contrôler sa respiration, de prendre conscience de son corps et du mécanisme phonatoire, le fait de libérer et de canaliser son énergie en hurlant sans complexe procure un autentique bien être. Parce que le chant est  vibration, il a une action bienfaisante sur tous les atomes du corps et un choriste qui arrive fatigué à la répétition, en repart immanquablement requinqué.  
 
En outre, tout en défoulant le corps, le fait de chanter oxygène le cerveau. C'est un excellent remède contre le stress et l'ankylose cérébrale.
 
On peut donc l'affirmer : le chant choral a au moins ce double effet bénéfique : sur le plan physique il ravigote la carcasse et sur le plan mental, il aère les neurones.
 
Mais en plus, et c'est là l'aspect magique de cette pratique, le chant choral ressert les liens sociaux, il permet aux hommes de se fréquenter (aux femmes aussi), il leur apprend à se connaître, à s'aimer ... C'est un facteur d'ouverture, un trait d'union entre les individus.
 
Dans ce cas, qu'attendez vous pour rejoindre une chorale ?